Réécriture autour des fables : avatars et détournements : La cigale et la fourmi, Anouilh

Anouilh la cigale

La cigale et la fourmi

Exemple d'intertextualité autour d'une fable : la cigale et la fourmi avec La Fontaine, Esope, Queneau

Exemple d'intertextualité autour d'une fable : la cigale et la fourmi DÉTOURNEMENTS, PASTICHES ET PARODIES La cigale et la fourmi, La Fontaine. La cigale et les fourmis, Esope, La cimaise et la fraction, Queneau. Yak Rivais, Les contes du miroir,

avatars et détournements des fables d'Esope à Orwell : la réécriture autour des fables : la cigale et la fourmi - La critique d’un certain milieu social 

Réécriture autour des fables : avatars et détournements

 

 

La fable  : séquence la " réécriture"

  • La fable : argumenter
  • Tradition et innovation

 

Anouilh, « La cigale » 

Le choix du titre 

Anouilh élimine la fourmi au profit du renard, réputé 
pour sa ruse, discret clin d’oeil au Roman de Renart. 
La cigale devient le personnage principal, héroïne 
triomphante qui dément ainsi sa légende et la fable 
source. La cigale est en réalité une fourmi. Elle est le 
moteur du récit (vers 9), impose sa parole, calcule, 
décide, ordonne (« j’entends » répété deux fois, v. 38 
et 42, « vous l’augmenterez », v. 40, « je veux », v. 50, 
contraignant le renard à « s’incliner », v. 57). 

La progression de la fable 
Une construction, efficace, est fondée sur un coup 
de théâtre qui constitue un renversement de situation 
et un retournement du sens de la fable de La Fontaine. 
Au plaidoyer pro domo de celui-ci en faveur de la cigale, 
incarnation de l’insouciance prodigue du poète, Anouilh 
substitue une satire mordante du milieu artistique et 
fait de la cigale un personnage antipathique. La fable 
est construite à la façon d’une petite comédie grinçante 
en 5 actes : 
– premier acte (vers 1 à Cool : présentation du personnage 
principal ; 
– deuxième acte (vers 9 à 32), la visite chez le renard. La 
cigale se tait et écoute sagement ce dernier lui proposer 
un marché de dupes ; 
– troisième acte (vers 32 à 44) : réponse inattendue de 
la cigale qui dévoile le personnage et constitue un coup 
de théâtre, le renard se tient coi ; 
– quatrième acte (vers 45 à 55) : fausse sortie, très 
théâtrale, de la cigale qui se drape dans ses atours et 
occasionne un quiproquo, le renard se méprenant à 
nouveau sur son interlocutrice ; 
– le dernier acte, bref (deux vers), en forme de 
dénouement et d’épilogue, revient sur le renard et sa 
décision de changer de métier. 

La critique d’un certain milieu social 
La cigale est une chanteuse en tournée dans les 
casinos. La fable est plaisamment actualisée dans le 
contexte des années soixante, aujourd’hui, la cigale 
passerait sans doute à la télévision. 
Une fois sa tournée estivale achevée, elle cherche à 
placer ses économies, on notera la satire acérée d’un 
milieu qu’Anouilh connaît bien, celui des artistes qui 
prétendent vivre d’amour et d’eau fraîche, affichent le 
plus grand mépris pour l’argent, prennent la posture 
de l’artiste, par définition désintéressé et dispendieux. 
Rappelons qu’Anouilh est politiquement un anarchiste 
de droite stigmatisant les faux-semblants d’une 
profession qu’il exècre. Or, la cigale est tout le contraire, 
aujourd’hui elle placerait ses économies en Suisse ou 
à Monaco ! La fable est inscrite dans le contexte très 
polémique des années soixante qui voient s’affronter 
artistes engagés comme Sartre et écrivains refusant tout 
engagement politique. Pragmatique, elle spécule et se 
montre avide de profit, c’est une capitaliste plus rapace 
que la fourmi qui thésaurise. Anouilh nous offre une 
leçon d’économie. Profondément individualiste, la cigale 
se montre à la fin cynique et âpre au gain, n’hésitant pas 
à pratiquer l’usure. Sa dureté de coeur est soulignée par 
son « oeil froid », son « regard d’acier » (v. 33 et 35), par 
l’ironie mordante par laquelle elle réplique du tac au tac 
à l’offre du renard au vers 32, mise en valeur par la rime 
« muses »/ « amuse » (preuve qu’elle n’est pas dupe). Le 
détail de la « cape de renard » (v. 47) révèle la cruauté 
du personnage. La cigale d’Anouilh est plus proche de 
Gobseck que de l’insecte de la Fontaine insouciant, tout 
entier à son art, imprévoyant, incapable du moindre 
calcul et totalement inadapté au monde. 

Le personnage du renard 
Anouilh reprend les principaux traits de l’animal tels 
qu’ils se sont perpétués depuis Le Roman de Renart : 
rusé, il croit tenir « la bonne affaire », toujours prêt à 
profiter de la crédulité d’autrui, beau parleur comme en 
témoigne le long discours (19 vers) qu’il tient à la cigale, 
obséquieux, « tout sucre et tout miel » (vers 34), c’est 
un flatteur à l’instar du renard de La Fontaine auquel 
la tournure « Maître Renard », fait clairement allusion : 
« Madame » respectueux lancé à la visiteuse, vouvoiement 
appuyé, hyperbole du vers 14, modestie feinte (« le rôle 
ingrat » de gérer les économies de son interlocutrice), 
opposant les « trop bas calculs » à « l’art » et au « génie » 
de la cigale (v. 25-26), s’incluant dans ces « autres » 
anonymes dépourvus de tout talent poétique (vers 23), 
multipliant les compliments achevant sa péroraison 
sur une exclamative pleine d’un regret feint (vers 30) 
et ponctuant d’une formule stéréotypée et emphatique, 
« ne sacrifier qu’aux muses ». « Maître renard » s’amuse 
et croit tenir sa dupe. 
Il se montre éloquent et persuasif, comme le renard 
de la tradition : en guise de « captatio benevolentiae » 
(vers 14 à 1Cool, cinq vers sont destinés à amadouer la 
cigale par un compliment, immédiatement suivi d’une 
considération générale sur la nécessité de l’argent. Il s’agit 
d’atténuer les préventions de cette dernière en feignant 
un désintéressement censé séduire. Mais le renard 
est victime d’un cliché raillé par Anouilh : les artistes 
seraient des êtres éthérés méprisant les contingences 
matérielles. Il entre ensuite dans le vif du sujet par 
un argument présentant les inconvénients de gérer sa 
fortune (« soins », « gêne ») et la nécessité de recourir à 
des intermédiaires. 
Les vers 25-26 font valoir un second argument 
présentant les conséquences à vouloir s’occuper soimême 
de sa fortune sur l’inspiration. Avec les impératifs 
(« laissez » répété, « signez », « ne vous occupez de 
rien »), le renard se fait plus pressant et joint le geste à la 
parole, non sans avoir minoré (vers 27, bref octosyllabe, 
qualificatif diminuatif) l’engagement qu’il propose. 
Le vers 32 constitue un coup de théâtre, qui dévoile 
au renard l’étendue de son erreur. Désormais, c’est la 
cigale qui mréduit à écouter et obtempérer. Sa méprise est double : il 
a cru une première fois duper sa visiteuse en lui faisant 
signer un blanc-seing, il se trompe une seconde fois en se 
méprenant sur la condition fixée par celle-ci au vers 50. 

Une fable sans prétention morale 
Anouilh ne prétend pas enseigner, ne délivre pas de 
morale, il montre. Le renard tire la leçon de l’épisode et se 
reconvertit, la cigale l’a tiré de son illusion (« il se croyait », 
v. 56), il reconnaît sa défaite (« il s’inclina », v. 57), mise 
en valeur par l’enjambement avec rejet. Lui qui se pensait 
maître ès cynisme, dépourvu de tout scrupule a trouvé 
plus fort que lui, plus avide. Le « mais » du dernier vers est 
humoristique et amorce la chute, le renard n’abandonne 
pas la partie, on ne se refait pas ! « Il apprend la musique » 
(v. 57) : le fabuliste joue sur le double sens de l’expression 
courante légèrement modifiée « connaître la musique », 
à savoir il lui faut progresser encore pour parvenir au 
niveau de sa rivale en matière de spéculation, il se met à 
la musique qui lui semble un bon moyen de s’enrichir et 
non par amour de l’art. 

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Date de dernière mise à jour : 01/07/2021

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