Réussir en lycée professionnel, construire un étudiant autonome et motivé

Bac pro

Le constat à l’origine de l’action : Accueillir, accompagner, donner envie

Bac pro

Construire un étudiant autonome et motivé

The Conversation

Réussir en lycée professionnel

 

 

Pascal Le Moing, Ministère de l'Éducation nationale

Cet article décrit l’un des projets présentés le 4 avril 2018 lors des journées de l’innovation.


Le décrochage scolaire des élèves arrivant dans notre établissement nous a amené à réfléchir à la problématique suivante : comment reconstruire un élève dans la structure scolaire et le rendre autonome pour aller vers la persévérance scolaire ?

L’hypothèse de départ réside dans l’association de l’estime de soi et de la motivation pour s’engager de façon autonome dans la formation. Mais pour espérer modifier les représentations de l’école d’un élève et de sa famille, il est nécessaire de construire un projet très large qui englobe toutes les composantes de l’acte éducatif.

En conséquence, nous intervenons sur :

  • Le rythme scolaire avec : des cours réduits et des journées moins longues grâce au passage à des séquences de 45 minutes.

  • Favoriser le travail en équipe des enseignants en leur donnant un espace dans l’emploi du temps pour évoluer ensemble.

  • Associer toutes les équipes : AED, agents, administratifs, enseignants et direction.

  • Arrêt des notes au profit d’une évaluation par compétences.

  • Des journées d’intégration et de vivre ensemble.

  • Donner du sens aux enseignements : Des chantiers écoles et des cours liés aux activités professionnelles.

  • Des espaces et outils numériques pour construire un élève qui « apprend à apprendre ».

  • Un encadrement pour l’aide aux devoirs avec 2h hebdomadaires pour tous les nouveaux élèves et 1h hebdomadaire pour les autres.

  • Une restauration de qualité avec des produits locaux ou de filière courte et une responsabilisation dans l’éducation avec un salades/desserts bar.

Le constat à l’origine de l’action

Les élèves qui arrivent au lycée sont en grande partie dans des situations scolaires particulières, non titulaires du Diplôme national du brevet (DNB) à 50 %, avec des pointes à 70 % sur certaines sections de CAP.

Comment suivre et avoir envie de s’investir dans une formation si on ne comprend pas les contenus ? Être en échec au DNB cela signifie des années de marginalisation du système scolaire avec souvent un blocage contre l’école. Une perte de confiance en soi, qui traduit une faible estime de soi ce qui amène l’élève à adopter des attitudes de refus de l’institution et de son représentant l’enseignant. L’école est devenue un lieu de contraintes qui est subi et non investi par l’élève.

Il faut donc en toute urgence reconstruire l’élève pour qu’il retrouve une confiance en lui et dans sa capacité de réussir. Il faut bâtir un jeune autonome, maître de sa formation, capable de s’adapter pour répondre aux exigences professionnelles de demain.

 

Accueillir, accompagner, donner envie

La volonté est de reconstruire l’élève afin de permettre la réussite de la formation professionnelle de tous les élèves entrants dans l’établissement. Pour cela, différents sous objectifs doivent être atteints :

  • Être capable de mettre en œuvre un accueil particulier qui indique une rupture avec le collège.

  • Être capable d’accompagner l’élève en fonction de son parcours avec ses points forts et ses faiblesses pour lui signaler que le système éducatif s’intéresse à lui.

  • Être capable de donner à l’élève l’envie et la motivation pour venir en formation avec plaisir. L’élève comprend et réussit dans les apprentissages qui lui sont proposés et devient autonome dans ceux-ci.

Construire un étudiant autonome et motivé

Nous avons utilisé une stratégie comprenant une dizaine d’actions qui, individuellement ne seraient pas efficaces, mais qui peuvent dans leur globalité permettre la réalisation de notre objectif.

a) Accueillir : rythmes adaptés, autonomie… et plus de notes.

L’image de l’école est souvent, chez les élèves entrants, négative et liée à une déconsidération des équipes éducatives au sens large. Il est donc nécessaire de faire percevoir à ce jeune que l’établissement est différent, non par un discours mais par une réalité qui affecte son quotidien.

Pour cela nous avons modifié le rythme scolaire : des cours à 45 minutes et des emplois du temps reconstruits pour alléger les journées. Ainsi la concentration se trouve renforcée et les dérives des comportements diminuées. Les cours finissent à 16h40 en majorité et permet une vie extrascolaire et associative. Nous favorisons l’autonomie de l’élève en lui laissant des temps de liberté qu’il doit s’approprier.

L’école est souvent raccourcie à son évaluation et au « combien tu as eu ? ». Pour éviter cette caricature l’évaluation des entrants se fait sans notes seulement par compétences afin de ne pas tomber dans ce piège des stigmatisations des mauvais élèves.

 

b) Accompagner : des aides, un collectif d’enseignants… et Erasmus

Nous avons pris comme hypothèse que l’échec scolaire est lié au décalage entre les apprentissages attendus et ceux perçus par les élèves. Cette non compréhension entraîne souvent une non adhésion et se traduit par l’absence de motivation qui mène le jeune sur la voie du décrochage scolaire. Notre stratégie d’apprentissage est calquée sur les modalités de compréhension intrinsèques de l’élève.

Pour cela, nous avons mis en place de l’aide aux devoirs, et de l’accompagnement personnalisé qui s’adressent aux élèves en fonction de leurs besoins et sous le format d’un face à face pédagogique de 1 enseignant pour 10 élèves au maximum. On favorise ainsi l’autonomie de l’élève en lui demandant de venir avec ses problèmes ; l’adulte enseignant est là pour répondre à ses interrogations.

En parallèle on a institué une réunion pédagogique obligatoire (rémunérée), d’1h30 par semaine pour tous les enseignants, pour

  • créer un collectif pédagogique, une volonté d’instituer une démarche du « travailler ensemble par projet » ;

  • fluidifier la circulation de l’information entre les collègues et ainsi avoir une réactivité et une adaptabilité aux situations rencontrées.

De plus, pour les élèves en grandes difficultés personnelles et/ou scolaires, une équipe restreinte est constituée (4 enseignants et 1 service civique) pour « tutorer » plus spécifiquement l’élève. C’est une « béquille » qui est proposée à une période donnée à l’élève en situation complexe.

Pour compléter cet aspect, une équipe de recherche pédagogique est constituée avec l’aide de 2 enseignants chercheurs puisque nous sommes LéA (Lieu d’Education Associé) pour étudier l’impact de ces mesures sur l’estime de soi et la motivation. Une équipe de chercheur en Sciences de l’education de Lyon, Alexandra Leyrit et Julien Masson, tous deux maîtres de conférence, sont liés à l’établissement dans le cadre des LéA. L’établissement a intégré l’ENS Lyon à la rentrée 2017.

Dernière mesure, une ouverture à l’international avec des échanges ERASMUS pour valoriser les formations et donner un message d’ambition à nos élèves. Ils peuvent partir à l’étranger pour faire leur PFMP de Terminale Bac, c’est l’aboutissement d’une formation à l’autonomie. Ils sont accompagnés en Finlande aujourd’hui puis bientôt en Croatie, et laissés seuls en entreprise pour 3 semaines. C’est une réelle mise en situation de réussite.

c) De la motivation pour venir à l’école avec plaisir.

La motivation de venir à l’école pour un élève qui vient de subir un échec scolaire n’est pas une tâche aisée. Il faut donc donner du sens aux actions et favoriser le savoir apprendre ou autrement formulé « apprendre à apprendre ». De notre expérience Finlandaise, nous avons mis en place cette volonté de chantiers écoles.

L’élève apprend en réalisant des actions professionnelles qui ont du sens pour lui, il est au cœur de son établissement et participe à l’amélioration de son cadre de vie. Le budget de l’établissement a été engagé en ce sens, l’ensemble du secteur industriel a été rénové, et une salle « espace forme » a été créée pour donner un lieu de vie ou chacun peut se retrouver et se construire.

 

En parallèle à cette amélioration du cadre de vie, on a aménagé les emplois du temps des entrants pour pouvoir banaliser des ½ journées dédiées au vivre ensemble. Les enseignants d’EPS avec les équipes pédagogiques proposent des actions en extérieur, pour amener les élèves à vivre ensemble et créer du lien entre les différents membres de la communauté éducative. Les activités choisies (CO, rando, ski de fond) visent à donner de l’autonomie aux élèves, ils sont placés dans des situations pour prendre des décisions ensemble.

Dernier point à aborder, l’utilisation du numérique pour savoir apprendre seul. L’établissement a fait le choix d’utiliser des plates formes éducatives pour accompagner l’élève en dehors de la classe dans ses apprentissages. En anglais nous avons acheté pour tous nos élèves « English attack » et installé l’application « Projet Voltaire » au CDI pour la maîtrise de la langue.

De plus, les enseignants sont incités à mettre en œuvre un réel outil numérique en place pour soutenir les apprentissages de la classe sous la coordination de la référent numérique, et une formation pour tous est mise en place sur les plateformes d’apprentissages « moodle ».

Pascal Le Moing, Proviseur Lycée G TILLION Thiers, Ministère de l'Éducation nationale

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Déclaration d’intérêts

Pascal Le Moing est proviseur du Lycée professionnel Germaine Tillion à Thiers (63)

Partenaires

Ministère de l'Éducation nationale

Republish licence Creative Commons.

 

Pour aller plus loin

bac brevet examens

Ajouter un commentaire